Pour cette huitième édition de Muséologies, Joëlle Rochas, docteure en histoire des sciences et qualifiée en épistémologie, nous transporte à Grenoble, dans les Alpes françaises, dans la maison du docteur Henri Gagnon, grand-père de l’écrivain Stendhal. L’article, tiré de sa thèse soutenue en 2006, relate les différentes étapes de la reconstitution du cabinet d’histoire naturelle du docteur Gagnon, lève le voile sur l’origine de sa transformation vers l’apparition du muséum d’histoire naturelle, nous permettant par conséquent de mieux comprendre les mécanismes de collectionnement et de constitution de collections qui ne sont pas uniquement vouées à la curiosité, mais au développement du savoir.
Catherine Turgeon, lauréate du prix Roland-Arpin 2009, nous introduit aux Pousadas Históricas, des hôtels historiques portugais qui font la promotion du patrimoine, de l’histoire de l’architecture, des arts et des traditions locales. Sans être des musées à part entière, ces lieux posent un problème de caractérisation et de distinction quant à la terminologie muséale courante parce qu’ils embrassent certaines spécificités autant des musées d’art que des écomusées. En les considérant comme des entités hybrides, l’auteure tente une analyse critique qui prône l’élargissement de concepts corrélationnels au contexte muséologique en transformation.
Ce numéro présente aussi les travaux de deux jeunes chercheures du programme Museum Studies de l’Université de Toronto. Catherine Wolz revisite les stratégies interprétatives mises au point par plusieurs spécialistes face aux ruines architecturales, en s’interrogeant sur le niveau d’intensité et sur la portée significative inhérente, essentielle et nécessaire à ces ruines pour franchir le seuil du statut de patrimoine. Diane Boyer poursuit l’idée en s’attardant sur un cas particulier, celui du Toronto Carrying Place Trail, une route commerciale utilisée par les Autochtones et les Européens au cours des XVIIe et XVIIIe siècles qui reliait le lac Ontario aux Grands Lacs. En s’inspirant de l’approche interprétative de Georges-Henri Rivière et de concepts empruntés à la géographie postmoderne, Diane Boyer s’interroge sur l’impact que peut avoir un lieu comme que celui-là dans l’élaboration d’un sentiment d’appartenance pour des communautés multiculturelles qui ne partagent ni histoire, ni langue commune.
Le dialogue est celui qu’Andréanne Roy a sollicité de Bastien Gilbert, directeur général du regroupement des Centres d’artistes autogérés du Québec (RCAAQ). M. Bastien nous rappelle les circonstances de la création de ces centres d’artistes autogérés et dresse le panorama et l’ampleur des activités de ce regroupement qui représente maintenant plus de 2250 artistes et travailleurs du milieu culturel québécois.
Telle une évocation à la saison estivale, ce numéro se clôt avec la présentation de Chantal Steegmuller de la nouvelle exposition de la Foreman Art Gallery de l’Université Bishop, Motelisation, une réflexion exprimée par le biais des installations de quatre artistes sur ce modèle d’hébergement situé au bord des routes, destiné principalement aux automobilistes et – il faut bien le dire – en voie de disparition. Avis aux nostalgiques.